Davos, au départ, fonctionne comme un endroit où l’on s’expose, un espace où des dirigeants se croisent, se parlent, où des visions aux antipodes cohabitent dans la même pièce sans obligation d’alignement immédiat, et tant que cela reste de cet ordre-là, ça joue le jeu.
Le problème commence quand des paroles échangées entre cercles de pouvoir deviennent des actes qui s’imposent à un peuple absent de la pièce, sans mandat explicite.
Depuis des mois, les indicateurs du véhicule électrique sont en repli dès que les incitatifs se retirent, non pas pour des raisons idéologiques mais pour des raisons strictement pragmatiques : autonomie réelle en hiver, durée de vie des batteries, coût total une fois les rabais disparus, sur le terrain, dans la vraie vie. Pour beaucoup, le prochain véhicule ne sera tout simplement pas électrique.
C’est précisément à ce moment-là qu’un accord est annoncé avec la Chine sur ce même dossier. Or, dans notre contexte, la Chine n’est jamais un partenaire neutre, et ce type de geste envoie un signal clair à d’autres acteurs majeurs.

Ces acteurs, ce sont d’abord les États-Unis, qui absorbent autour de 70 % des exportations canadiennes. Et ici même, au Canada, l’industrie automobile nationale, déjà fragilisée par les tarifs et la pression sur les chaînes d’approvisionnement, encaisse le choc de cette annonce surprise.
Je fais une comparaison très simple avec le monde des affaires — je sais, un État n’est pas une entreprise, c’est précisément pour ça que l’erreur coûte plus cher : si votre entreprise dépend d’un seul client pour exister, pour vendre son savoir-faire, pour faire vivre des équipes et des familles entières, et que ce client change soudainement de direction, une direction avec laquelle vous n’avez plus la même vision ni les mêmes priorités, est-ce que vous commencez par diversifier vos marchés, sécuriser de nouveaux partenaires, stabiliser d’autres sources de revenus, ou est-ce que vous allez, par principe, vous afficher publiquement chez son principal rival stratégique, sans filet, sans marge, sans avoir réduit votre dépendance ?
Dans le monde des affaires, une décision comme celle-là serait stoppée net par un conseil d’administration. Quand il s’agit d’un État, elle devient un moment politique hollywoodien : on applaudit le geste, on salue la posture, on célèbre le fait d’avoir « tenu tête », comme si cela n’avait aucune conséquence concrète sur les emplois, l’économie et la vie des gens.
Ils peuvent se parler à Davos.
Quand ces échanges deviennent des décisions qui engagent un pays entier, ses emplois et ses industries, sans mandat clair ni ancrage dans le réel, ce n’est pas du leadership.
C’est une faute grave.
Seedz / Silent Guest
Pas un coach. Pas un thérapeute.
Un miroir clair — pour voir net, avant de choisir.