FR- À distance du pouvoir — PLQ :le chef propre

Le Parti libéral du Québec a terminé les dernières élections avec 21 sièges, et dans plusieurs régions il n’existe presque plus, au point où le parti qui gouvernait le Québec il y a quelques années est devenu une formation presque uniquement montréalaise, avec une base électorale qui s’est vidée tranquillement hors des grands centres, circonscription après circonscription, sans éclat particulier, sans grand moment de rupture, juste une lente érosion que tout le monde voit mais que personne ne semble vraiment nommer.

La course à la chefferie s’est terminée sans véritable affrontement final. Les candidats plus visibles ont disparu du processus un à un, certains recalés, d’autres retirés, et au bout du compte, il ne restait plus vraiment de combat à mener, juste un chef à confirmer.

Après deux défaites lourdes et des régions entières où le logo ne veut plus dire grand-chose, le parti a choisi un nouveau chef pour relancer la machine, un pharmacien de formation, passé par un grand organisme économique, avec un parcours sans crise politique majeure, sans affrontement marquant, sans moment où il a fallu tenir un micro devant une salle hostile pour porter une idée risquée, un parcours propre, linéaire, institutionnel, exactement le genre de trajectoire où l’on apprend à naviguer dans des cadres, à respecter des protocoles, à vérifier les interactions, à remplir les formulaires, à documenter les décisions et à cocher les cases, parce que dans ce métier-là, le risque n’est pas une qualité, c’est un problème.

Dans les grandes organisations économiques, le réflexe est à peu près le même, on concilie, on équilibre, on parle de tables, de dossiers, de cadres acceptables pour tout le monde, on évite les angles trop tranchants, on cherche la solution qui ne fâche personne, et c’est exactement ce type de profil qui finit par remonter quand un parti est affaibli, un profil qui ne fait pas peur, qui ne divise pas, qui ne déclenche pas de guerre interne avant même la prochaine campagne, un profil gérable, lisible, propre.

Il y a cinquante ans, même quand on n’aimait pas les chefs, ils avaient du relief, ils parlaient fort, ils imposaient une direction, ils prenaient des coups, et on pouvait voter contre eux, mais on savait qu’ils étaient là pour gagner quelque chose, pour tirer le parti quelque part, pas simplement pour occuper la chaise en attendant que le cycle tourne. On pouvait les détester, mais personne n’avait l’impression qu’ils étaient là juste pour faire survivre l’appareil.

Aujourd’hui, dans un parti fatigué, on choisit quelqu’un de calme, de propre, de prévisible, et la scène ressemble beaucoup à ce qui se passe en entreprise quand la croissance s’essouffle et que les tensions internes montent, parce que quand tout va bien, on nomme un fondateur, un vendeur, un bâtisseur, quelqu’un qui pousse les murs et qui prend des risques, alors que quand l’organisation est endettée, fragmentée ou simplement épuisée, on fait autre chose, on nomme un CFO, quelqu’un qui ferme les fuites, qui rassure les banques, qui remet les chiffres en ordre et qui donne un peu d’air à la structure, pas pour conquérir un marché, mais pour passer à travers le prochain trimestre.

En politique, la mécanique finit par se ressembler, un parti en forme choisit un chef qui tire vers le haut, un parti affaibli choisit un chef qui ne crée pas de problème, pas le plus fort, pas le plus risqué, le plus acceptable.

Un parti qui choisit un chef pour ne pas créer de tension interne montre surtout qu’il ne se voit plus gagner.

Les partis qui veulent gagner prennent des risques.

Les partis qui veulent survivre choisissent des profils sûrs.

Alors la question devient presque gênante à poser tout haut, mais elle reste là quand même, suspendue au milieu de l’appareil.

Quand un parti a besoin d’un choc et qu’il choisit un profil propre et rassurant, est-ce qu’il croit encore vraiment à ce qu’il est censé défendre, ou est-ce qu’il cherche seulement à tenir un peu, à garder ses réseaux, à attendre que les autres se trompent pour revenir par défaut, parce qu’un parti qui choisit un chef pour ne pas déranger ressemble moins à une conquête qu’à une pause, et une pause, en politique, ça peut durer longtemps.

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