FR- À distance du pouvoir — Le seul audit qui compterait

Le système SAAQclic devait simplifier la vie des citoyens. Plus d’un milliard de dollars ont été engagés. Sur le terrain, les écrans bloquent, les rendez-vous sautent, les employés retournent au papier et les gens reprennent congé pour régler des démarches qui devaient prendre quelques minutes.

Dans un pays dit émergent, ou si la même chose se passait en Afrique, un milliard qui circule entre les mêmes firmes, les mêmes sous-traitants, les mêmes experts, sans que personne ne perde son poste ni son éligibilité, on sortirait notre casquette de moralisateurs occidentaux et on dirait le mot sans hésiter : corruption.

Mais comme les faits se passent ici, on parle plutôt de problèmes informatiques, de correctifs et de commissions d’enquête. Le seul acte qui montrerait une volonté politique de sortir de ce marasme est simple : prendre les plus gros projets numériques ratés des dix dernières années, suivre l’argent, regarder si des firmes reviennent, si des sous-traitants apparaissent régulièrement, si des dirigeants passent d’un projet à l’autre, si des liens existent entre les équipes, les entreprises et les donneurs d’ouvrage publics.

En gros : pas un audit du code, un audit de l’argent.

On suit les contrats, les sous-contrats, les filiales, les dirigeants, les réseaux, et on regarde simplement qui a gagné de l’argent, combien de fois, sur quels projets, et avec qui. On verrait vite si les mêmes acteurs reviennent, les mêmes filiales, les mêmes dirigeants, parfois les mêmes réseaux politiques.

Et si cet audit faisait apparaître de la corruption ou de l’abus de confiance, la loi canadienne et québécoise permet déjà d’engager la responsabilité personnelle. Le Code criminel vise directement les individus : fraude, abus de confiance, corruption.

Un dirigeant, un fonctionnaire, un élu peuvent être poursuivis personnellement. Amendes, interdictions, prison : les outils existent déjà.

La responsabilité personnelle n’est donc pas une idée radicale. Ce qui manque, c’est la volonté de s’en servir.

Alors la question est simple. Si un milliard circule et que personne ne tremble, est-ce vraiment un échec technique… ou un système qui fonctionne exactement comme prévu ?

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